Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard

Progrès en "sorcellerie évocatoire"

1866. D’une lettre à Théodore Aubanel, le 28 juillet : “J’ai voulu te dire simplement que je venais de jeter le plan de mon Oeuvre entier, après avoir trouvé la clef de moi-même, - clef de voûte, ou centre, si tu veux, pour ne pas nous brouiller de métaphores, - centre de moi-même, où je me tiens comme une araignée sacrée, sur les principaux fils déjà sortis de mon esprit, et à l’aide desquels je tisserai aux points de rencontre de merveilleuses dentelles, que je devine, et qui existent déjà dans le sein de la Beauté.” septembre. Villiers s’enquiert de l’état d’avancement du Traité des Pierres précieuses que Mallarmé lui a dit avoir entrepris ; et ainsi que Baudelaire l’avait fait pour lui-même, il lui recommande la lecture du Dogme et Rituel de Haute Magie d’Eliphas Lévi.

1867.14 mai. Lettre à Cazalis : “... je suis maintenant devenu impersonnel, et non plus Stéphane que tu as connu, - mais une aptitude qu’a l’Univers Spirituel à se voir et à se développer, à travers ce qui fut moi.” 1868. 3 mai. Ayant commencé, à Avignon, où il a été nommé professeur d’Anglais, la composition d’un sonnet qui prend son envol sur une alternance de très rares rimes en ix et en or , Mallarmé consulte Lefébure et Cazalis sur “le sens réel du mot ptyx ”, pour être assuré “qu’il n’existe dans aucune langue, ce que je préférerais de beaucoup afin de me donner le charme de le créer par la magie de la rime.” 18 juillet. Intitulé Sonnet Allégorique de lui-même, le poème est envoyé à Cazalis avec l’espoir d’une publication, illustrée d’une eau-forte, dans un recueil collectif à paraître chez Lemerre : “J’extrais ce sonnet (...) d’une étude projetée sur la Parole : il est inverse, je veux dire que le sens, s’il en a un, (mais je me consolerais du contraire grâce à la dose de poésie qu’il renferme, ce me semble) est évoqué par un mirage interne des mots mêmes. En se laissant aller à le murmurer plusieurs fois on éprouve une sensation assez cabalistique. C’est confesser qu’il est peu “plastique”, comme tu me le demandes, mais au moins est-il aussi “blanc et noir” que possible, et il me semble se prêter à une eau-forte pleine de Rêve et de Vide. - Par exemple, une fenêtre nocturne ouverte, les deux volets attachés ; une chambre avec personne dedans, malgré l’air stable que présentent les volets attachés, et dans une nuit faite d’absence et d’interrogation, sans meubles, sinon l’ébauche plausible de vagues consoles, un cadre, belliqueux et agonisant, de miroir appendu au fond, avec sa réflexion, stellaire et incompréhensible, de la grande Ourse, qui relie au ciel seul ce logis abandonné du monde.”